Maria Theresa Alves d13
Artiste

Maria Theresa Alves «Débattre des possibilités de participation active»

Maria Theresa Alves est une artiste sélectionnée dans le cadre de dOCUMENTA(13). Elle a accepté de participer à l’Académie Itinérante du Fonds Nature Addicts, en tant qu’«artiste phare». Interview.

1/ Vous êtes sélectionnée dans le cadre de dOCUMENTA, qu’est-ce que ça représente pour vous ?
Cela représente la possibilité de communiquer non seulement avec un public allemand, mais également un public international, réceptif à des œuvres qui ne sont pas toujours si facilement accessibles, et c’est toujours encourageant. Cela offre aussi la possibilité de rendre ces œuvres très visibles, ce qui était important pour The Return of a Lake, car cela faisait partie du mandat qui m’avait été confié par les communautés indigènes de la région de Chalco, « faire connaître leur histoire ».

 

2/ Qu’attendez-vous de l’Académie du mois de septembre ?
Une rencontre qui permettra de débattre des possibilités de participation active en tant qu’artistes farouchement impliqués, dans un présentéisme précis, dépassant les frontières étriquées d’un système artistique qui, pourtant, peut sembler plus confortable puisqu’il nous conforte dans les aspects purement visuels ou commerciaux de l’art.

 

3/ Avez-vous déjà participé à une « Académie » (sous toutes ses formes possibles). Si oui, quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Oui, j’ai participé à un atelier dans le cadre de l’Académie des Arts à Tromso, en Norvège, en 2009. C’était un projet de commémoration du 30ème anniversaire de l’affaire Alta, un soulèvement important contre la construction d’un barrage sur le fleuve Alta, qui aurait été destructeur pour les communautés indigènes, les Samis (Lapons). Le soulèvement avait provoqué une crise gouvernementale en Norvège, et a marqué un tournant pour les mouvements écologiques en Norvège, ainsi que pour le mouvement d’émancipation des populations indigènes Samies.

Sur les cinq jours d’ateliers ont été organisés plusieurs séminaires, représentations, visionnages de films tournés par des artistes Samis, une visite du Tromsø Museum, dont les expositions principales concernent les Samis, une visite en ferry de Manndalen, propriété communale de la communauté Samie locale, une rencontre avec un archéologue Sami membre du parti écologiste, une randonnée dans les terres Samies communales, sur la piste de la migration des rennes… Tout au long de cette rencontre, nous avons discuté de l’affaire Alta, et des possibilités d’allier activisme et art dans le monde contemporain. Les étudiants ont ensuite présenté leurs recherches ou leurs travaux autour du thème de l’atelier.

Voici un extrait de texte que j’ai rédigé après l’atelier :

« L’approche de l’atelier organisé par l’Académie d’Art Contemporain de Tromsø a ouvert à la communauté artistique des voies artistiques gestaltiennes… que le monde artistique occidental tente d’apprivoiser depuis le début du 20e siècle, s’en approchant puis s’en éloignant… et qui se trouve parfois réduit à une forme d’art purement « politique »… Cherchant à définir des contours et des frontières, la logique cartésienne, ainsi que l’affirme Dora Stiefelmeier, a causé bien des dégâts intellectuels chez les français, et continue de le faire dans le monde artistique. Les artistes Samis ne remarquent même pas ces frontières, lorsqu’ils écrivent de la poésie, pratiquent leur art ou sont en représentation, lorsqu’ils dessinent une maison ou qu’ils organisent une manifestation contre une politique étatique répressive. Les artistes Sami nous ont montré que chaque situation, ou moment, appelle sa propre réponse, comme l’a exprimé Jimmie Durham « aussi éloquent que le bruit du serpent à sonnettes et aussi précis que la morsure d’un magnifique serpent corail rouge et noir ». Voilà ce qui est important. Cela n’implique en rien que l’art doive se faire le reflet des luttes actuelles pour les droits fonciers, mais cela signifie que l’art doit refléter et répondre précisément aux spécificités de nos communautés, et en raison de la colonisation, cette communauté est plus grande que ce que l’Etat nous laisse entendre ».