Brève

« Changeons de voie » par Eric Tariant

« Tous les indicateurs du réchauffement sont au rouge », titrait le journal Le Monde, le 10 mai dernier, dans ses pages Planète. L’espoir de maintenir la hausse des températures sous la barre fatidique des 2° C s’éloigne de plus en plus, poursuivait le quotidien du soir.

Comment en sommes nous arrivés là ? Incrédulité ? Déni ? Phénomène de refoulement à l’échelle planétaire ? « Nous ne croyons pas ce que nous savons », soutenait le philosophe Jean-Pierre Dupuy dans son livre « Pour un catastrophisme éclairé ». C’est en admettant la dimension inéluctable de la catastrophe que nous trouverons peut-être, souligne t-il, les moyens de faire que l’inéluctable ne se produise pas.
 
Al Gore, ex vice Président des Etats-Unis et Prix Nobel de la Paix 2007, moquait l’étrange schizophrénie du monde contemporain en contant la parabole du syndrome de la grenouille bouillie. Plongez une grenouille dans de l’eau chaude, elle tentera immédiatement de s’en extraire. En revanche, si vous l’immergez dans l’eau froide ou tiède d’une casserole, elle ne réagira pas et se laissera cuire à petit feu. L’histoire des sociétés disparues -des Incas aux colonies viking du Groenland- révèle que la grenouille n’est pas la seule à prêter peu d’attention aux changements qui surviennent graduellement.
« Être informé ne suffit pas à entraîner des changements de comportements ou de politiques, note de son côté Helen Evans du collectif d’artistes HeHe. Les arts ont le mérite d’agir à un autre niveau que les sciences. Ils font plus appel à notre intuition et à notre inconscient qu’à notre rationalité. »
 
Pour tenter de juguler l’écocide (du grec oïkos –maison- et du latin occidere –tuer-), en changeant de Voie, comme nous y invite Edgar Morin, ne mettons pas tous nos œufs dans les seuls paniers des politiques, économistes et autres scientifiques. L’histoire des Cop et des Sommets de la Terre montre que les réponses n’ont pas toujours été à la hauteur de l’enjeu. « Nous avons besoin des artistes », martèlent les initiateurs du Dark Mountain Project. Ce collectif, composé d’artistes, d’écrivains et de penseurs, s’emploie à interroger les grands récits qui ont fondé notre civilisation (croyance au progrès, vision anthropocentriste du monde et d’une humanité séparée de la nature) pour inventer un nouvel imaginaire et rechercher de nouvelles pistes. C’est à cette tâche que s’attellent aujourd’hui de plus en plus d’artistes. Certains misent sur « la puissance d’évocation de la poésie » comme Thierry Boutonnier. D’autres sur la force de l’exemple, de l’action qui « porte en elle la magie, la grâce et le pouvoir » (Goethe). Mathilde Rosier a choisi d’investir le champ de l’écologie intérieure, celui de la (re)connexion avec soi-même, à sa vie psychique, affective, émotionnelle et spirituelle. Elle s’intéresse au «niveau d’attention que les hommes portent aux choses ». Si nous ne misons que sur l’écologie extérieure, nous ne ferons que du travail cosmétique, que courir après les catastrophes, glisse t-elle avant d’ajouter : « La perte de lien avec la nature est d’abord une perte de lien avec soi même. Le retour à la nature n’est rien d’autre qu’un retour à soi, à un questionnement sur soi même ».  Pourquoi l’homme existe-t-il ? Pourquoi doit-il continuer d’exister ? »
 
Eric Tariant