Brève

« Revenir à la source de la création » le point de vue de Marc Olivier Wahler

Le monde de l’art ressemble parfois à un gigantesque caravansérail en perpétuel déplacement. Les deux derniers mois ont vu des milliers de galeristes, commissaires d’exposition, artistes, collectionneurs, conservateurs de musées, journalistes…

sillonner la planète. Il faut dire que cette année était particulièrement chargée ! En mai ouvrait la biennale du Whitney Museum à New York, suivie de la biennale de Venise, puis de la documenta(14) à Kassel et à Athènes, le Skulptur Projekte organisé tous les dix ans à Münster, et pour terminer le périple, la Foire de Bâle.
 
Inutile de préciser qu’après un tel marathon, une certaine fatigue, voire une lancinante lassitude peut apparaître. Il s’agit alors pour chaque visiteur d’élaborer des stratégies afin de décélérer, de remettre le cerveau en état de fonctionnement optimal, et retrouver cette énergie nécessaire pour apprécier pleinement les subtiles strates d’interprétations que toute œuvre d’art donne à voir.
 
Après deux mois à arpenter des espaces où s’exposent des « états des lieux », des « étant donnés » souvent présentés comme des produits, il me semble impératif de revenir à la source de ces créations et de s’immerger dans ce temps qui de prime abord ne produit rien, ce temps qui permet à l’artiste de tester des hypothèses, emprunter des impasses, produire des courts-circuits, penser l’impossible, produire, détruire et produire encore, sans souci de résultats immédiats, avec cette curiosité toujours relancée et cette conviction que l’impossible n’est que le début d’une nouvelle aventure.
 
Ces visites d’atelier débouchent souvent sur des collaborations à long terme. Un exemple : Je travaille depuis presque dix ans avec Robin Meier, un artiste qui s’intéresse notamment au phénomène de synchronicité et d’intelligence collective, tant dans le domaine biologique, animal que digital. La nature de son travail à l’amène à collaborer avec des scientifiques et des laboratoires de recherches dans le monde entier. Il y a deux moi, j’inaugurais dans mon musée (MSU Broad at Michigan State University), une exposition collective, The Transported Man, intégrant une installation majeure de Robin Meier.
 
A l’intérieur d’une tente, au sein d’un environnement végétal à l’humidité et à la température contrôlées, on distingue des lucioles qui flashent toutes au même rythme, des crickets qui crissent à l’unisson, des disques qui s’activent à des moments précis. Ces information visuelles, olfactives et auditives semblent de prime abord éparses, mais au fur et à mesure que le visiteur s’immerge dans ce monde étrange, un sentiment d’équilibre apparaît. Le visiteur prend alors conscience que ces différentes informations sont parfaitement synchronisées sur un rythme très précis : celui dicté par deux pendules, dont l’inlassable oscillation influence lucioles et crickets. Pour arriver à un tel résultat, l’artiste a collaboré pendant plusieurs années avec des chercheurs en Asie, en Europe et en Amérique du Sud, etc. Il a effectué des recherches dans les mangroves de Thaïlande, étudié avec des entomologues au Japon, travaillé avec des architectes en Russie, développé des logiciels avec des informaticiens en France, etc. Un tel travail, qui concilie sans relâche recherches scientifiques et innovations artistiques, reflète les nouvelles et fascinantes directions qu’empruntent l’art contemporain ces dernières années.